la place de l’autre

Il y a 10 mois, j’avais un rôle que je tiens depuis 8 ans. Il y a 10 mois, j’étais la maman de 4 enfants, je savais où aller, comment faire. Je dansais le quotidien les yeux fermés, sans la peur de trébucher, je savais qu’il y avait ses bras pour me relever. Il y a 1o mois, nous connaissions le rôle de chacun. Nous savions laisser le champ à l’autre si besoin, et nos enfants avaient le choix du conteur le soir. Il y a 10 mois, je partageais mon rôle de parent.

Aujourd’hui j’ai le même rôle. Aujourd’hui je connais par cœur la danse du quotidien, elle me prend rarement par surprise. Aujourd’hui je fais attention où je mets les pieds, si je trébuche il n’est plus là pour me relever. Aujourd’hui je suis la seule à lire l’histoire le soir.

Mais je partagerai toujours mon rôle de parent.

Vous pouvez le demander à mes enfants, ils vous répondront tout naturellement, un peu étonnés de la question. Ils ont toujours un papa et une maman. Je ne prendrai jamais sa place, je ne jouerai jamais son rôle. Ces principes de vie, ces habitudes, nous les avons construits à deux, pour eux. Nous continuerons à les suivre, et les enfants savent que c’est ça aussi l’héritage de leur papa. Il est là. Dans les mots de politesse, dans la bienveillance entre frères et sœurs, dans leur empathie envers moi, dans la soirée film du vendredi, dans les piles de bandes dessinées, dans les balades à vélo, dans la rigueur à l’école …

Alors oui, bien-sur que ces petites personnes profitent de temps en temps d’être quatre devant une maman un peu trop fatiguée, sensible … toute seule. C’est le moment de profiter moi aussi, de lâcher toute cette pression, de juste profiter de l’instant, tant pis pour les principes … et comme dirait mon grand « papa adorerait ça ! »

Il n’y a pas un double-rôle à tenir. Je fais au mieux, avec tout ce qu’il m’a laissé; eux, nos rêves, l’amour de notre famille.

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Ne vous méprenez pas, ma vie n’est pas un long fleuve tranquille, je ne vis pas le sourire figé sur le visage. Je gère seule ce que nous étions 2 à faire. Je sais que d’autres parents vivent seuls, je ne suis pas la seule, et je ne me révolterai pas pour une médaille. Mais je respecterai toujours sa place. Il y a les amis, les grands-parents. Ils ont le même rôle qu’avant, sans doute un peu plus, et je les aime profondément pour ça. Mais il restera toujours cette place chère à mon cœur, celle qui me permet de jouer mon rôle de maman aujourd’hui.

Cette place vide à table, mais remplie de souvenirs que nous chérissons.

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