Cododo : du culturel à l’affectif

Dormir avec son enfant. Un geste qui semble pourtant naturel, on s’attendrit devant un bébé endormi, lové dans les bras de sa mère, elle aussi endormie paisiblement.

Le cododo. C’est quelque chose que je connais très bien. Pour moi, ce n’est en aucun cas une pratique. Je n’ai pas choisi de faire du cododo. Ce n’est absolument pas un choix réfléchi ou résonné. C’est juste naturel. C’est arrivé, par la force des choses. Un bébé qui refusait de quitter sa mère, une mère épuisée par les pleurs de son enfant … Alors quand nous nous sommes assoupis tous les deux. Lorsque j’ai vu que l’on pouvait dormir tranquillement tous les deux, sans pleurs, sans stress … simplement en s’écoutant mutuellement. Lui et son besoin de proximité, moi qui voulais tout lui donner sans en avoir la force après des nuits sans sommeil.

Voilà comment j’ai partagé le sommeil de mes enfants. Comment le cododo est entré dans nos vies.

Bien évidemment, j’en avais déjà entendu des tas sur le cododo : Mort subite du nourrisson, mort du couple aussi, enfant capricieux, asservissement de la mère … Que ce soit dans les magazines pour parents, ou dans la société elle-même, le cododo n’a pas très bonne réputation.

Finalement je ne me suis pas posée de questions, l’ambiance calme, les nuits sereines, m’ont vite suffi à relativiser, et me conforter dans mon choix. Lorsque je suis tombée sur le livre de Claude-Suzanne-Didierjean-Jouveau, je l’ai accueillie comme du pain bénit. « Partager le sommeil de son enfant ». Enfin quelqu’un qui prend le temps de comprendre le cododo, le défini, mais pose aussi les limites.

La séparation des parents et de l’enfant nouveau né, est une pratique très occidentale. Alors que l’on attend impatiemment que notre enfant « fasse ses nuits », nous le séparons de son repère affectif. Hormis le fait qu’à la naissance, les cycles de sommeil sont beaucoup plus courts qu’à l’âge adulte, il est aussi naturel que le bébé se reveille la nuit. Ce sont de simples réveils nocturnes, non liés à une insomnie et qui ne révèlent aucun trouble du sommeil particulier. Lorsqu’arrive ces périodes de réveil, l’enfant seul a parfois du mal à se rendormir, à s’apaiser … il pleure. « Neuf fois sur dix, il ne s’agit donc pas d’un problème de sommeil chez le bébé mais d’un problème d’organisation des nuits, qui serait facilement résolu par l’adoption d’une forme ou une autre de co-sleping. Au lieu de cela, on conseille généralement aux parents une méthode quelconque « d’apprentissage du sommeil », qui consiste le plus souvent à laisser pleurer l’enfant selon un planning bien réglé « .

« Qu’est ce qu’on apprend à un bébé qu’on laisse pleurer seul la nuit pour qu’il apprenne à faire ses nuits ? On lui apprend à se taire, on lui apprend à se résigner, à ne pas faire confiance à l’adulte pour répondre à ses besoins »

Passer des heures à endormir son enfant, le laisser pleurer, le bercer, le mettre dans la poussette … nos nerfs ne suivent plus, l’on est épuisé. Et quand enfin il s’est endormi, on va se coucher, en sachant pertinemment que le schéma se répétera dans quelques heures. Il faudra alors se relever, et dans un demi sommeil, encaisser les pleurs et la fatigue.

On sait que les femmes qui allaitent on plus de facilité à se rendormir : Selon Masson, l’ocytocine produite pendant l’allaitement jouerai un rôle primordial dans la phase d’endormissement. Cela explique la somnolence que l’on observe souvent pendant la tétée. Je suis la première à mettre endormie, mon fils au sein pendant la tétée nocturne. Je prends mon bébé de son berceau dans un demi sommeil, je l’allonge près de moi, il tète … et nous nous rendormons paisiblement tous les deux. Certains matins, je n’ai même pas le souvenir de m’être reveillée pendant la nuit. Ici, je ne fais pas seulement propagande à l’allaitement, je suis certaine que cela fonctionnerai très bien aussi avec un bib à température ambiante. Simplement, l’enfant, lové contre le parent, est apaisé, il s’endort calmement … et vous aussi.

Si le cododo est une pratique marginale dans notre société, c’est aussi dû à l’organisation de nos foyers. Une famille où le berceau de l’enfant est dans la chambre de ses prents, aura plus de chance de finir en cododo, qu’une famille où l’enfat possède sa propre chambre et dort seul dans une pièce. C’est une question de confort. Dans nos sociétés occidentale, nous avons laissé la place à l’espace de chacun. Sur cette même réflexion, dans certaines cultures, le cododo persiste par manque de place. Dans les tribus africaines et asiatiques, on le justifie par les croyances. « les bébés sont trop importants pour être laissés seuls sans personne pour veiller sur eux ».

Dans cette vague du retour « aux sources », au naturel, on ne peut pas comparer ce cododo culturel, avec la pratique que nous, nous en faisons dans notre société.

Selon, C-S Didierjean, le cododo est un bonheur partagé. Il est tout d’abord « commode et agréable ». Quand on connaît le besoin de proximité corporelle pour bébé, on comprend pourquoi celui ci est si bien au creu du cou de sa mère, ou dans les bras de son père. Cette proximité le rassure et « permet à l’adulte de répondre sans délai à ses cris-pleurs ». Pourquoi ce désir d’attachement disparaitrait-il la nuit ??

Lorsque l’on parle de cododo, les détracteurs balancent tout de suite la carte de la mort subite du nourrisson. Vous en avez probablement entendu parler ces jours ci avec cette affaire : ici. Pourtant, si l’on se base sur une expérience de D. Servan-Schreiber, on peut en tirer que « le sommeil partagé participe au bien être de l’enfant, contribuant à régulariser sa respiration, son sommeil, ses modes d’éveil, son rythme cardiaque et sa température ». L’exemple de la « méthode kangourous » avec les prématurés, inventée en Colombie avec le peau à peau 24h/24h en est le plus bel exemple.

Qu’il soit pratiqué en lit side-car ou dans le même lit que les parents, le cododo, doit être soumis à des précautions très strictes :

– pas de tabac dans la pièce. Voire même pas de tabac du tout.

– ne pas dormir avec un enfant si l’on a consommé de l’alcool, des drogues, des somnifères.

– si l’on est malade, ou vraiment exténué, que l’on ne se sent pas la force de répondre aux appels de l’enfant.

– éviter un couchage trop mou où l’enfant pourrait s’enfoncer.

– faire attention aux chutes éventuelles.

– habiller l’enfant comme vous. Avec une turbulette il risquerait d’avoir trop chaud.

– Le mieux étant d’avoir 1 couette pour vous, et une autre pour l’enfant ou une turbulette (c’est ce que l’on fait ici).

Et aux questions habituelles comme : Mais comment on fait quand bébé grandit ?? Quand est ce qu’il retourne dans son lit ?? Alors, je vous rassure, il ne ramènera pas sa première copine entre papa et maman ! L’enfant prend souvent son autonomie de lui même. Bien entendu, le parent est aussi là pour l’aider, et la discution est souvent la meilleure partie. A 3 ans, Moustique ne dort avec nous qu’en cas de gros cauchemars ou de virus. Vers ses 11 mois, il a n’a plus voulu quitter SON petit lit, heureux de son autonomie … et fier d’être seul dans son lit (d’abord dans notre chambre, puis dans la sienne).

Et enfin, NON, il n’est écrit nulle part que le lit conjugal est le seul endroit où il y a écrit « sexe ». Comme le dit très bien C.Suzanne D-J, le cododo est un excellent stimulant à la « créativité érotique » !!

 

 

Publicités

13 commentaires sur « Cododo : du culturel à l’affectif »

  1. Merci pour ces mots si juste qui disent tout ce que je pense du cododo ( t’es dans ma tête là ou bien ? )
    Encore et toujours agréable a lire !

  2. merci 1000 fois d’avoir abordé ce sujet encore si tabou…
    j’ai vécu l’enfer avec mon 1er, à me lever 10fois/ nuit et même le cododo ne le calmait pas mais j’aurais du aussi cododoter toutes les nuits, ca m’aurait au moins évité les aller-retour.
    pour numéro 2, un cododo de chambre et rarement de lit, pendant 6mois mais il dormait très bien comme ça…
    Avec numéro 3, que j’ai allaité, le cododo de chambre et bien souvent de lit à duré env 16 mois, puis elle est partie ds sa chambre car je me rendais compte que je la réveillais la nuit, puis l’allaitement s’est arrêté tt seul pour ses 18mois.
    pour moi le cododo est naturel, enfant malade: cododo, enfant avec des cauchemards: cododo…et même qd mon grd est entré à la maternelle et est venu quasi 1 mois ds mon lit toutes les nuits, j’ai accepté et il est reparti tt seul ds son lit, une fois ce cap là de passé…

  3. je suis partagee… car vraiment fatiguee!
    Mon 2e enfant a 5 mois, depuis plusieurs semaines il dort tres mal (un reveil toutes les deux heures voire toutes les 1h30), donc par la force des choses et parceque mon reveil sonne a 6h le matin et que je dois partir de chez moi a 7h pile, on cododote. j’aime ca mais :
    – je n’arrive pas a allaiter de facon confortable en etant couchee
    – je ne dors pas a poings fermes quand il est avec nous donc je suis vraiment naze au reveil et bosse bcp moins bien au boulot
    -il continue a se reveiller autant

    alors je sais ce qu’on va me dire : on est aussi parents la nuit

    mais pourtant les enfants allaites a 100% et qui ont des nuits moins hachees ca existe (il me semble qu’a 5 mois ma fille dormait bcp mieux que lui)et a force de lire des temoignages a ce sujet jái vraiment l’impression qu’aucun ou tres peu d’enfant allaité et cododoté ne fait de nuit complète avant tres longtempssssssss

    alors oui, le cododo je trouverai ca surement genial si mon reveil sonnait vers 8h 🙂

  4. Merci pour l’article très intéressant.
    et sinon, quid des berceaux cododo (ceux qui « s’accrochent » au lit des parents. Ça me tente bien pour le prochain.

  5. Bon alors moi je vais te répondre sur mon expérience personnelle, d’abord parce que je suis trop crevée pour me lancer dans une analyse scientifique et aussi parce que les Guests, c’est fait pour ça 😉
    Donc le cododo, je regrette juste de l’avoir évité (ou du moins pratiqué occasionellement tout en culpabilisant) avec l’APA… Je l’ai découvert, sans connaître le nom, ni imaginer les revendications dont cette pratique ferait l’objet quelques années plus tard, avec la Princesse… où le soir de sa naissance, les puéricultrices l’ont tout simplement couché dans mon lit parce qu’elle avait froid et que je ne voulais pas de couveuse (pour un bébé de 3,4kg qui va bien, c’était un peu abusé!)…Quand j’ai réalisé que j’avais pu DORMIR la première nuit je n’ai plus voulu faire autrement!! Au début j’utilisais un couffin posé par terre près de mon lit, puis petit à petit, nous avons appris à dormir ensemble… cela a duré jusqu’à la fin de notre allaitement, à ses 2 ans environ…
    PMH a dormi avec nous jusqu’à ce que je sois trop enceinte pour y arriver sans perdre le sommeil et GPL vient juste de regagner ses pénates à 2 ans tout juste….

  6. Merci pour cet article apaisant et qui réhabilite le libre choix de chacun tout en précisant que les bénéfices du cododo existent à la fois pour l’enfant et les parents.
    Personnellement, je n’ai jamais vraiment vu les risques, tout se passait à merveille. Une « pratique » qui s’est aussi imposée sans que j’en ai connaissance avant. Tout simplement en constatant que rendormi au sein et blotti contre moi il arrêtait de se réveiller toutes les 20 min la nuit… magique ! Mais en fait, c’était aussi valable le jour, où il devait dormir sur moi sous peine de se réveiller 5 min après avoir été posé. Si l’enfant a besoin de contact, pourquoi serait-ce différent la nuit (qui est par définition un moment plus angoissant), comme tu dis ?
    Après, je n’en parlais pas tellement autour de moi, y’a qu’à voir déjà les réactions des gens quand on disait que le « berceau » était encore dans notre chambre (à 1 mois et demi !), tout de suite à te demander quand est-ce que tu allais le mettre dans sa chambre, bon dieu ??? J’hallucine… Les prochains qui me posent des questions pour BB2, je leur réponds rien, juste que ça baigne et ils peuvent rêver pour avoir des détails. Surtout que c’est vraiment de la pure curiosité qui n’apporte rien à personne.
    Et je ne me mettrais pas non plus la pression moi-même pour qu’il retourne dans sa chambre… purée mais on est pas pressés quoi !!! Quand j’y repense… Bref. Les débuts de parents quoi, on ne sait pas, on culpabilise….

  7. pour l’un et pour l’autre nous avons fait du cododo 3 mois. mes bébés dormaient sur moi ou à côté de moi. Ils en avaient besoin et moi aussi. et puis un jour ils ont fini dans leur dodo, tout simplement, et sans pleures ni drames des deux côtés. tout c’est fait naturellement et j’ai adoré ces moments de dodo à deux ❤

laisser un mot

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s