Etre mère, le Backstage

Je sais que j’ai le droit d’en avoir marre. Je sais que j’ai le droit de ne pas avoir envie de regarder le même film pour la 5ème fois d’affiler. De ne pas avoir envie de servir de coussin, assiette, matelas, mouchoir, torchon, feuille … J’ai le droit de me sentir oppressée, de suffoquer. J’ai le droit de ne pas avoir envie de prêter mes affaires, ce si peu d’objets qui n’appartiennent qu’à moi, ces choses banales, des trésors pour eux, mais pour moi aussi.

J’ai parfois envie de crier, hurler. J’arrive même à me convaincre que je serai dans mon droit. Que finalement ce n’est pas humain de supporter ça sans ne pas craquer. Qu’on ne peut pas garder son calme dans toutes les situations. Puis je suis épuisée alors finalement pourquoi ne pas craquer un bon coup, je me sentirai sûrement mieux après. Miss Little qui découvre sa voix, elle crie tellement fort, ma tête va exploser. Je n’ai même pas la force de crier, mais j’ai surtout peur qu’elle prenne ça pour une motivation à en faire de même.

Se taire. Garder son calme.

Leur glisser entre deux couches que je suis quand même un peu fatiguée et que ce serait sympa de se coucher tôt ce soir, de manger vite aussi, de faire moins de bruit, d’être sage, de ne pas bouger … ha bah non, suis-je bête, ce sont des enfants pas des peluches. Prendre mon mal en patience, regarder les minutes défiler trop lentement. Oui, quand je suis épuisée le temps tourne au ralenti. Pas moyen d’aller aux chiottes sans une armée de playmobil qui me suivent, j’ai à peine la place à m’asseoir sur le trône mais personne pour me ramener un rouleau de PQ.

burn out

Ces soirs là, je laisserai bien ma tête tomber dans la purée de carotte, m’endormir comme ça, les joues au chaud. Puis paraît que c’est bon pour la peau. Mais avant il faudra nettoyer la cuisine à grandes eaux, enlever les coquillettes du nez de Miss Little, la purée des cheveux du Grand Little, expliquer à Gizmo qu’on ne s’essuie pas sur son t-shirt … qu’on ne s’y mouche pas non plus.

Les coucher. Ça tambourine de plus en plus fort dans ma tête. On oublie la brosse à dents, parfois on oublie même le pyjama. J’imagine des gigoteuses avec sangles intégrées. Je me demande combien de parents ont déjà osé y penser. Après avoir marcher dans une flaque de pisse pour la 10 ème fois de la journée, je me tâte sérieusement à scratcher l’intégralité du paquet de couches sur les fesses de GIzmo.

Mes enfants ne pleurent pas au coucher. Combien d’entre vous vont m’envier !! Je retiens mon souffle le temps de rabattre la couette, zipper la gigoteuse, éteindre la lumière. A la minute où mon pied sort de la chambre je sais que désormais les heures qui viennent sont à moi. Les soirs où je suis épuisée, les soirs de ces journées terribles, ce sont toujours ces soirs là que Miss Little choisi pour faire durer le suspense. Elle pleure. Veut téter encore un peu. Elle s’endort sur moi. Puis finalement non, elle veut téter encore, et encore. j’en arrive à ne plus supporter son contact, je veux qu’elle lâche mon sein, mon téton me fait mal tellement elle m’insupporte. Je me déteste. J’ai envie de pleurer … mais pas devant elle. Il arrive que je m’endorme la première, sa petite main sur ma joue.

La vie ce n’est pas une pub Ricoré. Avec ou sans enfants on a tous des bons et des mauvais jours. Pourtant quand il y a les enfants c’est différent. Devant eux je ne peux pas me résigner, je ne peux pas tout laisser en plan, me cacher sous la couette. Je ne peux pas laisser le mauvais et ne prendre que le meilleur. Je ne peux pas sélectionner les bons moments et fuir les mauvais. Je dois être là, toujours.

j’ai le droit de dire que je suis fatiguée. Je peux me plaindre un peu, mais pas trop. Il ne faudrait pas que je sois trop ingrate, je n’ai pas de quoi être malheureuse …

Alors je fais semblant jusqu’à ce qu’ils s’endorment. Je ferme délicatement la porte de la chambre. Je quitte le couloir sur la pointe des pieds. Je m’assoie, enfin.

Et je pleure.

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9 commentaires sur « Etre mère, le Backstage »

  1. J’ai déjà ressenti ça, il y a longtemps. Je me souviens. Cela arrive au milieu de tant d’autres moments de bonheur. Il ne faudrait pas que cela t’arrive trop souvent sans en parler à ton médecin ; la fatigue qui va jusqu’aux larmes est la grande ennemie des mamans.

  2. oh lala, ce n’est pas bon ni pour toi ni pour tes enfants tant de fatigue surtout si tu allaite. Avoir envie de tout lâcher, j’ai connu et je connaitrais encore…. mais l’allaitement doit être un plaisir, quand la fatigue en prend la place c’est moins efficace, j’ai vu ça avec ma dernière j’ai dut passer au biberon plus tôt que prévu et finalement j’ai autant de plaisir, j’ai retrouvé mon bébé qui reprend enfin du poids (et oui, ma fatigue ne la nourrissait plus apparemment, et pourtant souvent au sein). Pas toujours facile de trouver notre équilibre.

  3. J’ai déjà de tels moments de fatigue avec une seule puce (+ toutes les autres obligations), j’avoue que je ne sais même pas comment c’est possible de tenir avec 2 ou 3 petits.
    Et pourtant c’est si important de PRENDRE le temps de faire un break. Avec l’aide du papa ou d’autres. C’est vital. Mais de l’extérieur on ne s’en rend pas trop compte je crois.
    Bon courage en tout cas !

  4. Je vis ça aussi… Petit coup de mou comme on dit. Leur sourire, les embrasser, leur expliqué qu’on est fatigué. Fermer la porte, et pleurer. Je pense que c’est le mieux à faire. Se blottir dans les bras de son chéri aussi, reprendre une dose d’énergie dans ces bras qui nous aime. A force d’aimer, on a aussi besoin d’être serrées, réconfortées… ça va passer Gwen, parce que ça passe toujours. Et puis c’est humain de craquer de son quotidien. Certains craquent à cause de leur patron, d’autres de leurs profs, et nous, c’est de nos marmots…
    J’t’envoie une petite valise en cuir usé pleine de courage et quelques bulles de champagne.

  5. Je t’admire de garder ton calme et de ne pas crier : je n’y arrive tout simplement pas (bien que ça n’ait aucun intérêt, on est bien d’accord !)
    Courage, j’espère qu’en grandissant ça va se tasser (même si je suis consciente qu’on rencontrera d’autres difficultés en tant que parents mais j’espère plus ces hautes doses de décibels)

  6. tout a fait ok avec toi ! ca fait aussi du bien j’imagine de le mettre noir sur blanc
    y’a des soirs comme ça, ou on est tellement crevée ! Crevette vient de découvrir la marche, elle m’épuise ! des fois je suis tellement hs j’ai juste envie de m’affaler sur le canapé comme avant 🙂 allez des biz

  7. « je fais semblant jusqu’à ce qu’ils s’endorment »[…]. je m’assoie enfin. Et je pleure. »
    Merci pour ces mots tellement justes. Merci pour ne pas être la seule au monde à penser que, oui, mes enfants m’insupportent parfois ou même très souvent en ce moment.
    Je ne veux plus qu’on me saute dessus, qu’on me colle, qu’on s’accroche à moi, qu’on me tire les cheveux, qu’on me morde, qu’on me pince….qu’on m’oppresse jusqu’à ce que le contact avec eux devienne intolérable.
    Je demande d’arrêter de crier, de chouiner, de courir dans toute la maison, personne ne m’entend, alors je crie aussi, mais rien n’y fait. Je me sens invisible, rien,
    Je déteste désormais entendre la requête quotidienne: « Mamaaaaaaaaaaan ».

    Mais ce sont mes enfants, alors je met mon masque de mère tous les matins et une énième journée recommence,

    Envie de fuir mais non les mamans, ça ne fuient pas, ça fait face. Toujours, jusqu’à l’insoutenable.

  8. Un message bouleversant, criant de vérité et tellement identifiant. J’ai la meme sensation quand je suis fatigué… je pleure souvent parceque meme si etre mère est merveilleux on s’oublie forcement. Et pleurer meme si ça sert a rien, ça fait du bien…

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