je vais bien ne t’en fais pas

J’ai essayé 100 fois d’écrire un article sur le blog. Je m’installe, je tape l’adresse, j’ouvre … et je me retrouve à fumer une clope dehors, à pleurer, à gueuler contre le vide, à ne même plus reconnaître où je suis, à me sentir complètement paumée alors que ma fille frappe à la porte pour que je rentre.

On ne peut pas vivre la même vie qu’avant. Pourtant, à y regarder de loin, c’est ce que je fais. Je m’occupe de mes enfants, de ma maison, je reçois mes amis, je cuisine, je paie les factures, je rhabille des poupées, j’attends la rentrée, je m’écrase les orteils sur des Lego. Mais en fait tout ça c’est de la connerie. La vie n’a rien à voir avec celle d’avant. Avant. Quand il m’embrassait le matin « A ce soir mon cœur », quand il rentrait le soir. La porte reste fermée inexorablement. J’ai longtemps cru qu’elle finirait par s’ouvrir cette porte. Je me disais qu’en lui parlant il finirait par revenir. J’ai même eu l’idée que tout ça c’était une blague, de mauvais goût, très glauque, mais que c’était une plaisanterie débile. Et puis j’ai compris qu’elle ne s’ouvrirait plus. Plus sur son sourire. Alors m’est revenue l’idée que j’aurai dû le garder avec moi. Même comme ça, endormie. On aime dire des morts qu’ils dorment, c’est plus beau, je crois. Mais ça encore c’est une belle connerie, quand on dort, on se réveille. C’est fou comme notre cerveau met en œuvre des milliers de manœuvres pour ne pas accepter l’évidence. S’il pouvait nous rendre aveugle il le ferait. Surtout ne pas accepter ce que les yeux voient. Il y a pourtant des moments de lucidité, mais ils sont synonyme de fatigue, de pleurs, de douleur, de rage, de colère, d’incompréhension. Les « Pourquoi moi », « Pourquoi nous », « Qu’est ce qu’on a fait pour mériter ça » … la raison c’est une claque au détour d’un couloir; Ca fait mal, et on ne comprend rien. Alors j’ai choisi ce que les gens appellent le « vivre avec », et je trouve le mot « vivre » bien ironique ici. Tu vis dans le monde réel, mais tu as une petite porte de sortie. J’appelle ça la danse sur le doux fil de la folie. Certes je ne lui demande pas de choisir le programme tv, mais je mets toujours un film qui lui plairait aussi. Je commente, je l’entends rire, pester parce que c’est nul, se taire absorbé par l’intrigue. Le film se termine. J’éteins. Je pleure. C’est le retour à la réalité. C’est ça je crois, le « vivre avec ». Vivre entourée du souvenir de celui qu’on aime, s’accordant de temps en temps qu’il nous enroule de la nostalgie du passé regretté.

Je vais bien, ne t’en fais pas.

Je ne pleure plus lorsque mes amis s’effondrent. Les photos, les cauchemars des enfants qui l’appellent, les trèfles à 4 feuilles et les vœux irréalisables, sa voix et son sourire sur les vidéos, son parfum … tout ça je sais, c’est le quotidien. Je pleure autrement, autre part. Je pleure lorsque je découvre cette nouvelle vie que je ne connais pas et qui m’effraie.

Je me suis longtemps demandé si je pouvais écrire tout cela ici. je me suis mise à la place de la mère qui taperait « montée de lait » dans Google et arriverait sur le blog d’une mère certes, mais veuve. Est ce que vraiment j’ai le droit de jeter mon malheur comme ça, rendre triste, faire peur. Oui faire peur, parce que le « ça n’arrive qu’aux autres », ça aussi c’est de la belle connerie. C’est là pour rassurer, pour se dire que l’on est en sécurité, c’est le plaid et le chocolat chaud après une journée sous la flotte. Mais ça ne veut rien dire du tout.

Et puis je me suis demandée quelle légitimité j’aurai à écrire des articles comme ci de rien n’était. Pourrais je vraiment balancer un diy à faire avec les enfants, comme ça, par un bel après midi d’août, alors que derrière les jolies photos il y a des semaines de nuits blanches et la colère de l’injustice. Je me suis vite rendue compte que je ne pouvais pas. Qu’il fallait d’abord exploser. Qu’il faudrait briser le vase avant de vouloir refaire un bouquet, qu’on ne poserait plus jamais au même endroit. Il fallait que je vous dise à tous d’arrêter de dire que je suis courageuse, je n’ai pas le choix, c’est tout ! Ne vous mettez jamais à ma place, vous ne serez jamais au dixième de ce que je peux ressentir. Si vous ne l’êtes pas, à ma place, vous ne pouvez pas savoir. Et surtout, vous ne voulez pas savoir, croyez moi. Combien de fois ai-je pu lui dire que je ne voudrai pas qu’il parte avant moi, quand on serait vieux, quand on aurait vécu. Il est parti, avant moi, et on a pas eu le temps de finir de vivre. Il n’y a rien de normal dans le fait de perdre son mari à 30 ans. S’en est tellement absurde que la société elle même ne sait pas comment faire. Si je souris c’est que je ne l’aimais pas suffisamment. Si je sombre je ne suis pas une assez bonne mère. J’ai bien essayé de me taire, j’ai même tenté une dépression, mais je crois que c’est contre-nature chez moi. Je l’aime au présent. Ca ne fait pas de moi quelqu’un de fou, ça fait de moi quelqu’un d’honnête.

Et où être plus honnête qu’ici, puisqu’ici il y a que mes mots à moi. Donc je ne ferai pas semblant, mais promis ça ne deviendra pas un blog glauque, triste, amer, avec des diy de couronnes funéraires. De toute façon il déteste la verdure (oui je parle encore souvent au présent. Il ne faut pas être choqué, ni pleurer, vous vous souvenez, c’est le « vivre avec »).

2016-08-15 01.23.18 1.jpg

Je crois que tout ça est un peu sans queue ni tête, mais je n’ai pas envie de me relire. De toute façon je n’ai pas le temps. Les enfants affamés vont finir par tirer à la courte paille lequel sera bouffé si je ne me décide pas à jouer des casseroles !

Belle journée,

Gwen. ♥

 

Publicités

45 commentaires sur « je vais bien ne t’en fais pas »

  1. Tu as raison, on ne peut pas se mettre à ta place ni imaginer ce que tu vis …
    Et à part t’envoyer des chaudoudoux, je ne peux pas beaucoup t’aider. Juste te dire que je suis là pour t’écouter, sans aucun jugement, si tu as besoin. Se décharger, parler, écrire soulage un peu.
    Bisous

  2. Tu n’aurais pu écrire un meilleur article. J’ai tellement pensé à toi ces derniers mois, n’osant pas venir t’écrire, parce que quoi dire à part le banal ? Je crois aussi que je me protégeais de cette horreur tant redoutée. Et puis…le malheur est venu jusqu’à moi, un malheur bien différent, mais un malheur qui me fait un peu comprendre ce que tu ressens, dans une toute autre mesure bien sûr. Je t’admire pour ta force pour tes enfants, mais je sais hélas que tu n’as pas le choix…
    Je t’embrasse très très fort.

  3. Je ne sais pas quoi dire pour te faire du bien.
    Rien je pense ne le pourrai.

    J’ai bien pensé à ne rien dire du tout mais je veux que tu sache que tu es lue, que tu es écoutée. Que malgré les écrans interposés tu nes pas seule.

    Je ne comprendrai ta douleur et j’avoue égoïstement espère ne jamais la comprendre un jour.

  4. tres bien dit, bravo. je me retrouves tellement dans ce que tu ecris, c’est tres bien décris, alors que chez moi les mots manquent tellement. c ‘est mon fils que j ai perdu mais on connait les memes sentiments. Courage, on a le droit de vivre et surtout d’etre heureuse. Ca m enervait tellement aussi qu on me dise que je suis si forte …. bah non j ai pas le choix , il faut vivre avec. la vie est une pute, mais elle est belle malgré tout, des bisous

  5. J’ai découvert ton blog il n’y a pas longtemps,au hasard d’un fil instagram. J’ai trouvé tes enfants tellement beaux!!! Et puis j’ai compris le drame.

    Je n’avais jamais laissé de commentaire mais désormais je le ferais. Tu mérites que l’on te donne de l’attention et des mots doux. Un peu de force et de douceur, parce que oui, tu n’es pas courageuse. La vie ne t’a pas laissé le choix.
    Et moi je fais le choix de te laisser des mots doux, parce que plusieurs fois j’ai eu envie de vous câliner toi et tes enfants si merveilleux.
    Et encore plus après avoir lu cet article.

    Des gros câlindoux.

  6. J’espère ne jamais connaitre ce que tu vis! C’est mon pire cauchemar. Tu sais quoi oui tu es courageuse même si tu penses que non parce que tu es debout ma vieille. y’en a qui s’écroulent pour un divorce! Tu es debout. ❤

  7. La vie est une pute rien ne me fera changer d’opinion…
    Et tu as raison, aucun mots, rien ne pourra de toute façon apaiser ou faire comprendre ta souffrance, mais je tente d’être là quand tu en as besoin, pour rire et apaiser un peu ta dur souffrance. Tu le sais que je serai toujours là si besoin.
    Jvous aimes ma dinde ❤

  8. Ton article est super et tu as raison de t’exprimer, parfois cela soulage,un peu…
    J ai perdu mon père au debut du lycée au detour d’un virage, ce fut brutal, ce fut inexpliquable et surtout injuste !! Le « pourquoi moi », « pourquoi lui » Qu’est-ce que j’ai pu me les poser!! Sans y avoir de réponse mais avec le temps, la routine devient surmontable, supportable. Leur souvenir reste et la periode de sa mort (dans quelques jours) n’est jamais facile…
    Bon courage !!

  9. Tu as perdu l’amour de ta vie et le pére de tes enfants mais aussi, tu as aimé et été aimée ! Et quoi que l’on dise, tt le monde ne rencontre pas « la » bonne personne et n’aura pas cette chance d’avoir connu ce petit coin de ciel bleu. Certes, ton ciel s’est cassé la gueule mais au moins, tu y auras vécu de beaux moments ☺.

  10. Je me sens un peu nouille à te laisser un mot. Rien de ce que l’on pourra dire ne sera bien utile … mais je rajoute un petit coeur à la longue liste de petits coeurs qui ont constitué l’essentiel de mes récents commentaires. Un peu d’amour virtuel à distance, si ça te réchauffe et même si ça ne te réchauffe pas. On ne sert à pas grand chose … mais on est là. Je t’embrasse.

  11. Il y a deux ans, déjà ou seulement, j’ai perdu un des amours de ma vie aussi : mon petit frère… une fusion de tous les jours, de l’amour, des rires, et puis un accident et puis la douleur, le froid, la haine, l’enfer..
    Je sais un peu ce que tu ressens mais, la douleur doucement s’apaise, oh c’est des conneries, jamais elle ne disparait, jamais mais doucement, elle devient moins vive et plus gérable…
    Hurle, pleure, écris, écoute toi…
    Si tu as besoin d’une oreille étrangère…
    Prends soin de toi comme il aurait pris soin de toi
    je t’embrasse… doucement

  12. Je me suis tellement reconnue dans votre texte… j’ai perdu un enfant, ce n’est pas la même chose et pourtant… vos mots et maux me touchent, je les connais trop bien… et moi aussi j’ai un blog (de pâtisserie) sur le quel j’ai aussi décidé de m’ouvrir pour être honnête.
    Merci pour ce texte poignant. Et tachons de vivre au mieux avec, ou sans…

  13. Je ne me mettre a ta place ou te comprendre. Mais je viens de perdre mon père et donc ma maman son mari. Et ce que tu écris et vis c’est ce que je vois avec elle. Si elle vie trop on ose lui demandais si elle l’aimait vraiment, si elle pleure elle est faible. Je voudrais pouvoir écrire des mots qui font du bien, mais je sais que ca ne marche pas. Juste une chose dit toi que tes enfants eux sont (ou seront quand ils seront plus grand) impressionnes par ton courage et ta force. Parole de grande enfant qui vient de perdre son papa. Chaque bout d’eux est a moitie de lui. N’oublie pas de leur montrer, mais ne t’oublie pas, n’oublie pas de lacher les vannes et de liberer ton chagrin quand tu peux.

  14. Je n’aurai pas dit mieux. Ce n’est pas mon mari qui est décédé mais mon tout petit,mon petit garçon , Pierre.Ce n’est certes pas la même chose mais je touche du bout des doigts cette absence qui me crevé le coeur au quotidien depuis deux ans et demi malgré l’arrivée au sein de notre famille de notre petit dernier,Émile, il y a 1 an.
    On n’apprend pas à « vivre avec » on apprend à « survivre sans » et c’est une sacré différence …

    1. Oui « vivre avec » c’est « vivre avec l’absence de la personne » donc « vivre sans » et à termes surtout « vivre ». Prenez soin de vous.

  15. je ne sais comment écrire mais vous …. vous savez !!! beaucoup de douceur encore et toujours en effet vous vivez avec ! Ici je me souviens de la 1ère fois que j’ai présenté mon conjoint à mon oncle et ma tante et vous me faites tellement penser à eux dans vos mots alors je vous le raconte car je le raconte encore aujourd’hui : Ils ont perdu 2 de leurs enfants et cela faisait malheureusement bien longtemps, j’avais prévenu mon conjoint pas de leur décès seulement mais surtout de ne pas se faire « piéger » tellement ils en parlaient encore comme s’ils étaient là. Je l’ai prévenu encore sur le palier, il m’a dit ‘oui oui ne t’inquiète pas’ il avait les prénoms, il avait tout en main et pourtant … il a fallu qu’il demande à ma tante de leurs nouvelles et s’ils jouaient encore de la musique … un douloureux coup de pied pour lui, une grosse boule dans ma gorge et un sourire empreint de douceur en face lui répondant qu’ils ne sont plus mais qu’ils sont encore … Aujourd’hui ce conjoint est mon mari, je lui parle encore souvent de cette histoire tellement je ne comprends pas comment il a pu faire cela et lui ne comprend pas non plus … et j’avoue que je trouve cela agréable de savoir qu’ils « vivaient avec » comme vous dites !

  16. Je n’ai vraiment pas grand chose à dire mais cet article est encore beau et tellement sincère. Alors même si je n’aiderais en rien, je voulais faire savoir que vos textes sont lus, et j’ai espoir qu’avec le temps, la douleur s’échappera de ces textes pour laisser place à un bonheur différent, emprunt de ce manque, mais un bonheur quand même.

  17. Toutes mes pensées vers vous. C’est ton blog, Tu y fais comme tu veux. Je trouve ça bien d’écrire pour toi sans trop penser à ce qui peut être interprété.

  18. Je découvre ton blog et la 1ère chose que je lis de toi est cet article…c’est dingue comment, de quelque chose de terrible qui t’arrive, tu en fais une déclaration d’amour à ton mari, à tes enfants mais aussi à toutes tes lectrices…tu ne mens pas, tu ne triches pas, non la vie nest pas magique et oui, la vie n’est pas jolie tout le temps…j’adore…et ton texte à bcp de sens et il me touche en plein coeur…ta petite note d’humour à la fin est superbe et montre que tu ne lâches rien!!! J’aime cette franchise tout nue et je te remercie de nous l’envoyer en pleine face pour que l’on oublie pas, jamais…que non, ça n’arrive pas qu’aux autres!!!
    Merci ❤

  19. J’ai decouvert ton blog cette nuit. J’ai d’ailleur laisser un commentaire sur ces fameux moment ou on dirais bien merde… et puis jai parcouru tes postes reçents. Tes mots me boulverse ton courage me touche… ma soeur a vecu la meme situation il y a qq années et je me souvient metre poser cette question *comment arrive elle a etre aussi forte ? * en tout cas sache que comme beaucoup de tes lectrices je te soutien et profite de tes enfants. Pour reprendre le titre du film va vis et devient….

  20. Comme tu as pu l’imaginer dans ce post… Je suis arrivée sur ton blog il y a quelques mois en recherchant « recettes au lait maternel » dans google. Je l’ai trouvé sympa, je m’y suis retrouvée, et puis tes photos, tes enfants…. sont superbes.
    Je me suis dit que tu pourrais être une bonne copine, dommage j’habite un peu loin.

    Enfin, après avoir farfouiller dans différents articles j’ai lu le dernier post à l’époque « Le tourbillon de la vie ». J’ai compris. J’étais terrifiée.
    Mais je n’arrivais pas a y croire, comment est ce possible? Ca avait l’air si beau… et puis plus rien. Cette douleur.
    Comment accepter l’inacceptable.
    Parce qu’on a pas le choix. Parce qu’on veut être là pour ses enfants. C’est dur.
    Aucun mot ne comblera l’absence. J’espère que le temps pourra estomper vos souffrances…
    Bien à toi
    Lilas

  21. Bonjour, Je viens de découvrir votre blog et dévore chaque article. Je sais ce que vous vivez, c’est dur mais il faut s’accrocher. J’ai perdu le papa de mon fils lorsque j’étais enceinte de 6 mois et demi, nous venions de le découvrir une semaine plus tôt. Je me bats tout les jours. Vos enfants sont votre arme, votre sourire et votre volonté. Tout ce que vous ferez ce sera pour eux. Ils sont fort ensemble. Je vous souhaite beaucoup de courage. Regardez chaque jour vos enfants, ils sont vos plus beaux souvenir de l’être que vous avez tant t’aimer.

laisser un mot

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s