40 jours

40 jours. Cela fait 40 jours que je n’ai pas élevé la voix, crié, hurlé, craqué, fait une crise de nerfs … utilisons les mots qu’il faut. Ne vous demandez pas comment j’en suis arrivée là, je ne le sais pas moi même. Enfin si, la fatigue, la solitude, la colère, le manque, l’incompréhension … je ne me reconnaissais plus.

burnout

Chaque matin je me levais sur la défensive. Les enfants étaient déjà levés, dailleurs c’était sûrement eux qui m’avaient réveillé. Ils ne jouent pas, ils hurlent, beuglent, sautent, hurlent, n’ont de respect de rien ni personne, surtout pas de moi. Voilà, je n’avais pas encore posé le pied par terre que ces mots se bousculaient dans ma tête, et j’en étais convaincue. Je n’avais qu’une envie, leur hurler de se taire. A l’écrire je me rends encore plus compte du ridicule de la scène. Hurler à mes enfants d’arrêter de hurler. Je poussais alors un cri perceptible jusqu’à l’autre bout du quartier, un son cristallin contenant des mots que moi même ne comprenais plus. Mes filles encore endormies près de moi, je me sentais soudain envahies, étouffée,  je leur en voulais d’être là, dans mon lit, dans mon espace. Elles n’avaient aucun scrupule à venir me voler mon temps et mon espace, jusque dans mon lit. Sur la défensive, toujours. Il n’était pas 8h que j’implosais déjà. Je me sentais mal, ma tête, mon dos, tout mon corps me semblait si lourd. Et tout cela était de leur faute. Ma tristesse, mon mal être, ma colère. Ils ne pouvaient pas comprendre que j’avais besoin de calme, de silence, de solitude, de pleurer.  Voila où j’en étais il a 40 jours. Petit à petit je détestais mes enfants.

Voilà plus de 6 ans que j’écris ici. Plus de 6 ans que je partage mes idées, notre vision de la vie, de la parentalité. 6 ans que je réponds à vos mails, que je vous donne des astuces, des pistes. 6 ans que je vous dis de prendre du recul, faire un pas en arrière et regarder autour de soi. Surtout ne pas tomber dans le cercle de la colère, de la conquête du pouvoir. Je suis tombée en plein dedans. Vous allez me dire, personne n’est infaillible. J’ai vécu quelque chose de terrible, je suis vulnérable, triste, seule. Il y a de quoi craquer, faire un burn-out. Certes, je sais que j’ai le droit d’aller mal. Je l’ai toujours su, je l’ai toujours dit. Et j’ai su le dire à mes enfants. Mais ce sont des enfants.

Ils jouent sans se rendre compte qu’ils réveillent la moitié de la maison, trop tôt, beaucoup trop tôt. Remettre en route le réveil de Kidisleep aura suffit à retrouver le silence matinal. Les filles prennent toujours la moitié de la place dans mon lit, mais pas toutes les nuits. Il aura suffit de leur expliquer que j’ai besoin de ma bulle de tranquilité pour qu’elles ne descendent plus systématiquement. C’était simple vous me direz, mais je ne le voyais plus.

Et puis j’ai arrêté de hurler.

Les filles qui crient, les garçons qui jouent trop fort, les disputent, les colères capricieuses, les pleurs de contrariété et de fatigue … ils faisaient tout ça contre moi, ça c’est ce que ma tête me disait il y 40 jours. Alors je criais à mon tour. Je leur hurlais dessus d’arrêter de hurler. Je les menaçais de tout et n’importe quoi. Je n’étais plus gentille. Je ne faisais plus rien avec eux, de toute façon ils étaient ingrats, méchants, irrespectueux. C’est ça, petit à petit je détestais mes enfants. Je ne pouvais pas être triste quand je le voulais, je ne pouvais pas rester sous ma couette quand je ne voulais pas voir le monde, je ne pouvais pas hurler ma colère et ma souffrance parce qu’ils etaient là. J’en étais persuadée, et je me noyais dans cette folie à longueur de jours.

Pourtant, tout était faux. Mes enfants ne faisaient probablement pas plus de bruit qu’avant. Du moins les garçons. Les filles elles criaient sans doute plus parce que moi même passais mon temps dans le rôle de l’hystérique. Je pleure depuis 1 an maintenant. Je suis triste chaque jour, à chaque instant. Et ils le savent. Je leur ai toujours dit les jours où ça ne va pas. Ils ont toujours su me dire qu’ils savent que je suis malheureuse de « ne plus avoir mon amoureux« . Ils ont appris à se faire discrets quand je pleure, à poser leur tête sur mon épaule, à me poser un bisou sur la joue.

Ce n’était pas eux, c’était moi. Ils se sont probablement engoufrés dans la breche, quel enfant ne l’aurait pas fait. Ils ont franchis quelques limites les jours où je baissais les bras, ils ont jouaient d’être 4 face à ma fatigue. Ils ont été des enfants, juste des enfants.

Alors j’ai arrêté de crier. Je n’ai plus élevé la voix. J’ai demandé calemement à ma fille de cesser de crier, descendre du canapé, monter se coucher. Elle continue de crier à l’excès, je respire, je soufle, et je lui répète, je lui explique, sans élever la voix, jamais. Je parle doucement, calemement. Je ne me contiens pas du tout, je suis encore parfois en colère, mais je l’exprime avec des mots, le plus doucement possible. Je dois vous avouer que les enfants m’ont regardé avec des yeux en billes la 1ère fois que je me suis adressée à eux de cette façon. Je crois qu’ils s’étaient habitués à la mère hurlante qui opérait depuis presque 4 mois à la maison. Je ne suis pas devenue une boule de colère en une nuit, ça s’est installé sournoisement au fil des jours. Là par contre, je me suis réveillée un matin en disant « stop ».

J’ai fait des croix sur une feuille. Pour moi. Pour eux aussi, mais surtout pour moi. Il est important de faire les choses pour soi, si l’on veut que les choses s’inscrivent vraiment en nous, il faut être sa propre motivation.

Petit à petit je redeviens celle que j’étais. Avant. Avant de me laisser noyer dans la tristesse et la colère. Avant de perdre le goût des jolies choses, avant de ne plus voir les petits bonheurs de la vie.

rainbow

Je sais que je ne suis pas la seule. Chaque jour je reçois des mails remplis de doutes, de questions et de larmes déguisées. Ces derniers temps, je ne répondais plus, chaque ligne était comme un poids supplémentaire, je comprenais pas. Aujourd’hui je sais, je sais que je voyais mon quotidien se dessiner entre les paragraphes qui décrivaient ma souffrance sans que je m’en rende compte. Aujourd’hui je continue à vous répondre, avec ma bienveillance retrouvée, mon recul, mon vécu. Je sais que je ne suis pas la seule, et j’espère que mes mots posés ici en aideront d’autres à parler, à s’ouvrir, à retrouver l’envie de voir les petits bonheurs de la vie.

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15 commentaires sur « 40 jours »

  1. Tes mots résonnent beaucoup en moi. Je suis désolée que tu sois passée (passes) par là aussi mais cela me rassure de voir que je ne suis pas la seule. Tes articles et tes photos m’ont d’ailleurs beaucoup aidée à apprécier de nouveau les jolis moments du quotidien. Je te souhaite que tout devienne plus facile. Plein de pensées.

  2. Merci pour ce partage, difficile de s’ouvrir… Très certainement…
    Ma femme a donné sa vie pour ma fille qui a eu 5 mois il y a quelques jours et comme vous, je sens cette colère en moi… Chaque jour… Chaque nuit…
    Je m’inspire de vos mots pour essayer de prendre du recul. Je donne tout pour ma fille qui est en pleine forme.
    Un homme élevant seul son enfant, ça éveille autant de respect pour certains que de doutes pour beaucoup d’autres.
    Je pense bien à vous…

    1. Personne ne devrait avoir à vivre cela… Essayez d’ignorer les médisants et les soupçonneux, la vie vous éprouve déjà beaucoup trop. Le bonheur reviendra, en attendant, je vous adresse toutes mes pensées à vous et votre toute petite fille.

  3. Tes mots me touchent.
    J’ai passé quelques jours seule avec eux. Et je n’ai pas crié, j’étais moi. A chaque fois que je sentais mon stress ou ma fatigue monter d’un cran les enfants agissaient en miroir en devenant encore plus fatiguant et turbulents!
    Alors dès que ça se corsait, je prenais quelques minutes pour me pauser, respirer et à chaque fois, dès que j’étais revenue au calme, eux aussi. C’est magique.

  4. C’est fou comment aujourd’hui je me suis dit que je détestais le bruit, leurs cris, leurs chamailles alors que je les ai toujours supporté.. j ai crié j’ai hurlé sans avoir envie de passer des moments avec eux de proximité d échange de câlins de bisous. J espère avoir la force, le courage et la volonté de stopper mon attitude sur laquelle j’ai mis des mots aujourd’hui. Je ne suis pas fière de moi je m’en veux je ne peux plus représenter cette maman qui ne me correspond pas.
    Merci à toi
    Et félicitations pour Tout ce que tu as accomplis
    Et de nous en faire part avec toute cette franchise❤

  5. Ton article tombe à point nommé ! Ce matin comme quasi chaque matins mon dernier me fait la « misère » il a la tête dur me teste sans cesse ne veut faire que ce que lui à décider et quand il veut. Tous les matins je suis en retard au travail parce qu’il n’écoute pas mets 2h à déjeuner 2h à se doucher 2h à s’habiller à mettre ses chaussures pour au dernier moment sur le pas de la porte aller chercher un jouet dans sa chambre alors que je suis déjà très très en retard. ce matin j’ai failli pleurer je me suis retenu parce que je n’en peux plus. je le lève pas trop tôt pour qu’il puisse dormir un peu plus car nous avons une vie très speed et au final je suis pénalisé et lui aussi tous les matins je suis en stress je m’énerve j’ai mal à la tête et je suis même en train de rêver d’un week end seule. bref je ne sais plus comment agir avec lui je le dispute il rigole je le calcule pas il s en fout je lui parle gentiment il n écoute pas bref j’en peux plus…

  6. et bien merci pour vos mots
    j’essaye de changer ça prend du temps, souvent, je me reconnais dans vos mots parceque mes enfants me fatigue , je suis trés fatigué et énervé, et donc sur la défensive
    merci pour vos mots qui me touche, j’essaye de changer, c’est long, un jour va et lendemain ça repars, mais j’y arriverai

  7. Merci de partager tout ça. C’est loin d’être évident d’avouer ses failles et il en faut du courage pour oser affronter ses colères. Bravo!

  8. Tes mots font forcément du bien à tous les parents qui te lisent. Quelques soient nos vies, la patience et la bienveillance sont des fois si difficiles à conserver (et je sais de quoi je parle).
    Merci à toi de partager ce petit bout de toi 😘❤️

  9. Tes mots résonnent en moi.
    Cette fatigue et ce manque de patience dès le réveil. Mais surtout cette culpabilité en se rendant compte qu’on est tout ce qu’on ne voulait surtout pas devenir.
    Je ne dirais pas que j’arrive à rester plusieurs jours sans hurler mais j’essaye de leur accorder plus de temps .
    Ça fait beaucoup de bien de ne pas se sentir seule.

  10. J’ai perdu mon papa il y a quelques temps…Il y a eu beaucoup de tristesse, de colère…On ne comprend pas pourquoi ça nous tombe dessus…On en veut à la terre entière et on comprend que cela ne sert à rien d’en vouloir à la terre entière…On doit tourner la page afin de continuer….
    Je pense que cette colère est nécessaire pour ne pas baisser les bras…
    Cette colère ne doit juste pas déborder…

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