Et mettre la normalité en carton

Plusieurs fois par mois je co-anime des ateliers. Pas pour les enfants cette fois, mais pour ces adultes qui ont choisi de vivre leur quotidien entouré d’enfants. Pour les parents, les enseignants, les animateurs … pour ceux qui se posent des questions, qui se demandent si tout est vraiment écrit dans les livres, pour ceux qui veulent partager et  peut-être même apprendre.

Il n’y a pas d’étiquette particulière sur la porte, juste la lucidité et l’envie d’être bien dans ses baskets. Il n’y a ni pression ni marche à suivre, reste que le partage du sens commun et l’empathie. Tenter de sortir le plus possible des bouquins de SAV de l’éducation qui font croire qu’ils ont la solution aux larmes, aux bouleversements, au regard des autres et à nos propres doutes. Sortir des schémas préconçus pour non pas en tirer des solutions toutes faites mais des clés permettant d’ouvrir nos propres portes.

Mon atelier préféré est celui du carton. La Question est simple : « Qu’est ce que pour vous un enfant « normal » ? » 

Les réponses ne diffèrent pas tellement suivant les participants, et très vite les réponses trahissent le fantasme que l’on se fait de « l’enfant normal » dans son propre environnement, qu’il soit familiale ou professionnel.

Anne, enseignante répond avec le sourire « un enfant sans difficultés scolaires majeures, avide d’apprendre et moteur de classe …. et qui reste assis sur sa chaise évidemment ! ». Martin, père de 3 enfants répond sans trop d’assurance,  » un enfant calme mais aussi vivant, qui aime jouer, sans que ça ne dégénère. Un enfant sans soucis. ». Adeline, Atsem depuis 6 ans, « Un enfant joyeux, heureux d’apprendre, qui est d’une bonne camaraderie, pas violent, sans soucis scolaire …. ». Amandine, maman d’une fillette de 4 ans, « Un enfant qui dort la nuit ! …. enfin, un enfant normal …. sans vraiment de soucis … » Je pourrai vous en citer des dizaines, nous posons la question à presque toutes les réunions.

Ce qui ressort à chaque fois, c’est la normalité définit par la tranquillité, l’inexistence du soucis, de la remise en question, du retour sur soi-même. Surtout que l’enfant reste passif, il peut Etre si je peux Etre moi aussi, sans remise en question de mon environnement et de mes espérances. La normalité, devient donc notre zone de confort, ce qui nous rassure, celle où nous ne ressentons aucune agression extérieur.

source GI 2

Prenez alors un carton, considérez le comme votre normalité, cette zone de confort dans laquelle vous êtes si bien, celle où vous souhaitez rester. Vous vous installez dans votre carton, vous êtes tout à votre aise, vous vous y sentez parfaitement bien. (A ce stade là nous amenons 1 grand carton au centre de la pièce et chacun s’y assoit à tour de rôle).

Maintenant prenez un carton d’une forme différente du 1er. (Nous amenons un second carton). Ce nouveau carton représente la normalité de quelqu’un d’autre. C’est sa zone de confort à lui, et nous décidons que désormais ce sera la votre aussi. Pouvez vous rentrer entièrement dans ce carton ? (Nous demandons aux participants de rentrer dans le second carton ) Si vous n’arrivez pas à y rentrer entièrement, faites un effort, pliez la tête, courbez le dos, coupez vous un bras même, séparez vous d’une partie de vous, pourvu que vous entriez dans ce carton !

Vous n’y arrivez pas ? Alors qu’elle est la solution ? Abimer le carton, le déchirer ? Se faire du mal pour y rentrer absolument ? Sortir définitivement du carton en risquant de décevoir, d’être seul ? Adapter la taille du carton peut-être, prendre une partie de l’un, l’attacher au second ? Et pourquoi pas tenter de faire en sorte que l’on puisse entrer à 2 dans le même carton, se construire une nouvelle normalité, une nouvelle zone de confort qui corresponde aux 2. Un environnement où chaque protagoniste se sentirait bien. Alors certainement, c’est plus compliqué, nous n’avons pas toujours les bons outils, ne savons pas par où commencer.

Pour la base je dirai qu’il n’y a rien de bien compliqué, cela s’appelle La Communication. Chacun dit ce qu’il est, ce qu’il ressent, ce qu’il espère. Et puis on voit comment on pourrait procéder pour avoir des fondations solides. On tente, on échoue, et on construit les murs petit à petit.

Nous allons jusqu’à faire briser le second carton aux participants. C’est un geste violent, et nous insistons encore et encore jusqu’à ce qu’ils tentent d’y entrer jusqu’à le briser. Souvent, cela devient un challenge pour eux, ils veulent y rentrer quoi qu’il arrive … quoi qu’il arrive ils veulent gagner. Le carton se brise, et ils comprennent qu’ils n’ont rien gagné, mais perdu quelque chose : la zone de confort. Les participants se retrouvent démunis devant le carton brisé.

Ils sont alors l’enfant qui ne peut rentrer dans un moule qui ne lui correspond pas, qui se retrouve démuni et sans repères, qui panique à l’idée de se sentir bien nulle part. Ils sont aussi le carton, l’adulte qui inflexible, peut aller jusqu’à l’épuisement, se sentant brisé par le combat quotidien avec cet enfant qu’il voudrait pouvoir façonner de ses espérances. 

source GI 1

Ce que j’aime transmettre, c’est que la solution n’est inscrite nulle part. Les réponses sont aussi différentes que nous le somme tous. Il faut souvent prendre conscience de l’échec pour réussir à revenir sur ses pas. Le carton représente l’école, la famille, le quotidien, nos doutes …. mais aussi la construction grâce aux leçons que nous tirons de nos lâcher prise, quand enfin nous comprenons que l’on ne « s’apprivoise » pas en se combattant.

 

Belle semaine,

Gwendolynn ♥

 

 

 

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6 commentaires sur « Et mettre la normalité en carton »

  1. Ton atelier me fait penser un album jeunesse  » Petit cube chez les Tout Ronds » de Christian Merveille que j’utilise régulièrement en animation dans ma mediatheque. Avec l’aide d’une collègue, nous avons fabriqué une grande planche qui représente l’histoire du livre, ainsi les enfants manipulent les personnages cartonnés et sont confrontés matériellement aux problèmes que rencontre Petit cube.

  2. Si est ce que j aime te lire vraiment c est toujours un plaisir d avancer de se questionner ou simplement d entendre ton écriture
    Merci à toi de tes partage
    Excellente journée de bonheur

  3. J’ai failli pleurer en lisant ton article. C’est tellement vrai et tellement fort cette comparaison. Contente d’avoir attendu ton retour sur ton blog pendant ces quelques mois!! Un retour percutant et superbe!
    Merci!

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