la vie n’est pas qu’un lendemain de fête

Lorsque je n’ai pas le moral, ou disons le plus honnêtement, lorsque j’ai le sentiment d’étouffer sous le poids d’une vie bien trop triste, je me cache sous mes gros pulls de laine et j’écris. J’écris ce qui je l’espère un jour, ressemblera à un livre. Je lis aussi. Beaucoup. Et trop vite selon mon fils qui s’inquiète sérieusement de la diminution des mètres carrés vitalement disponibles de ma chambre. Je lis tout ce qui me passe sous la main pourvu que les mots remplissent ma tête, ne laissant ainsi la place à rien d’autre. Et si mon cerveau se remet à fabriquer des pensées qui font piquer les yeux, alors j’écris encore, pourvu qu’il ne reste plus la moindre place et que les mots prennent tout l’espace disponible.

Je m’assois sur mon lit et je regarde par la fenêtre l’arbre immense qui me cache de l’autre côté du monde. Le sentiment de solitude est si apaisant. Imaginer toute cette vie de l’autre côté du grand arbre, le bruit, l’euphorie, les colères et les passions. Tout ce monde qui tourne tellement vite, qu’avoir la prétention de vouloir en saisir un simple instant pour le figer est une pure folie. On attrape pas le temps, on est son pantin.

Je reste derrière ma fenêtre à regarder le grand arbre qui malgré les pages que je tourne et mes ratures semble inerte. L’encre sur mes doigts tâche les coins du livre et je me souviens soudain que j’ai promis aux enfants des déguisements pour notre prochain goûter. Vous arrive t-il parfois de promettre une chose qui fait briller les yeux de vos enfants avant même qu’elle n’existe ? Et vous arrive t-il aussi de réussir à réaliser cette promesse, d’imaginer la joie de vos enfants, le sentiment de bonheur qu’il va découler de cette simple chose, et puis soudain avoir peur ? Avoir peur que cela soit trop parfait, comme si cela avait été écrit et donc qu’il n’en aurait pu être autrement. Tellement parfait que la simple idée que ce bonheur ne puisse pas durer vous effraie. Parce que vous êtes un adulte, et que les adultes savent ces choses là. Enfin peut être pas tous, je ne sais pas. Moi j’ai toujours eu peur de ce qu’il y a après le bonheur. C’est sans doute pour cela que je déteste les lendemains de fête.

J’ai fait le deuil de ma candeur il y a déjà longtemps, mais il ne faut en aucun cas devenir hermétique à tous ces petits instants de bonheurs, être incapable de tenir une promesse faite à des petits yeux rieurs. Est ce qu’à s’écarter du monde on le voit passer devant soi sans vraiment en faire partie ? Peut être pas finalement. Peut être que ce qui compte c’est de faire partie de son monde à soi, celui pour lequel on existe. Pour ce petit garçon qui vient lire près de moi quand je suis perdue dans mes pages. Pour cette petite fille qui m’embrasse sur la joue avant de courir dans les escaliers pour dessiner de longues heures dans sa chambre. Pour cet enfant qui aime lorsque je lis à voix haute et pour qui je dessine des créatures sortie de son imagination fabuleuse. Et pour cette toute petite fille que je peux regarder jouer toute la journée, ne rien faire d’autre que la regarder. Et pour les autres, ceux dont le prénom vous fait toujours sourire, ceux à qui vous pensez et qui vous manquent d’un seul coup. Peut être qu’avec toutes ces personnes là, les lendemain de fête n’existent pas. Si je choisis de faire de chaque instant un moment privilégié, il y aura peut-être moins de journées tristes. On arrête pas le temps, mais on peut profiter de lui.

Tout à l’heure des enfants rentreront de l’école et nous ferons des crêpes. Nous allons les faire sauter et je suis certaine qu’un bon nombre va se retrouver par terre. Et il y aura de la confiture sur les doigts, des verres renversés, des petites main collantes sur les murs des escaliers et l’euphorie d’un soir pas comme les autres qui fera durer le coucher. Je vais sans doute être fatiguée, énervée des crêpes sur le sol et des murs tartinés de confiture. Mais ce n’est pas grave. Ils nettoieront les crêpes par terre ce soir et moi les murs demain matin. Ils vont se disputer pour la dernière crêpe, je crierai plus fort que c’est moi qui la mange, ils rigoleront sûrement en me la tartinant. Ils ne vont pas vouloir se coucher tôt, je leur dirai que moi aussi je suis fatiguée. L’enfance n’est pas là pour faire de l’ombre à la vie d’adulte. L’enfance est là pour rappeler à l’adulte qu’il a été un enfant lui aussi, et qu’il a mis ses empreintes de confiture sur les murs.

Je n’aime pas les lendemain de fête, comme je n’aime pas la nostalgie que l’on subit lorsque notre vie ne nous semble plus si agréable à arpenter. Je crois que contre cela il faut réfléchir à ne pas subir sa vie, mais à la vivre. Ne pas se mettre volontairement du poids sur les épaules, mais vivre au mieux avec ce que l’on a. Et si vous pouvez laissez sur le côté un au deux bagages trop lourds, je crois que c’est encore mieux. Mais en attendant, je vais fermer la fenêtre pour aujourd’hui, les livres peuvent attendre, alors que la pâte à crêpes, certainement pas !

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11 Comments

  1. Je suis scotchée par ton texte. Si bien écrit. Si (in)juste. C’est beau.

  2. C’est beau et tellement juste… Merci

  3. olivebananeetpasteque

    Qu’est ce que tu écris bien… c’est beau et douloureux à la fois

  4. Tu arrives a me serrer le coeur et en même temps a me faire sourire, tu sais vraiment toucher les autres avec tes mots je suis tellement fan et admirative. Gros bisous à vous 5

  5. Je lis ton texte et les larmes coulent. J’ai mal quand tu parles de cette nostalgie que l’on subit. Je vous souhaite une belle soirée de crêpes en famille ❤

  6. Superbe texte! Merci pour ce partage qui donne envie de profiter de l’instant. Bonne soirée crêpes.

  7. Tes mots me font perdre les miens. C est si percutant tu arrives à poser des mots sur des sentiments si profondement enfouis qu’ils sont parfois difficile à décrire et toi tu le fais avec une telle aisance ! Merci !

  8. C’est si bien dit, si profond. Je te souhaite de jolies fêtes avec des lendemains qui chantent. Bises. Marion

  9. Moi non plus je n’aime pas les lendemains de fête… Et plus je saute haut, plus dure et la chute à l’arrivée.
    Devrait-on pour autant vivre une vie fade et sans aventures ? Je ne crois pas.
    Il faut du piment, mais il faut surtout apprendre à atterrir en douceur après chaque saut de joie.

  10. barbara schuerrer

    merci infiniment. Je vous envoie un regard doux et serein en remerciment de cette piqure de rappel,. Je vais voir à alléger un ou deux bagages.

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