Tchao culpabilité ! Be yourself !

 

S’il y a bien une question que l’on me pose souvent, c’est « comment fais tu pour prendre du temps pour toi ? ». Récemment l’on m’a demandé si je l’ai toujours fait. Prendre du temps pour moi, seule ou avec des amis, sans les enfants. La dernière valeur étant la principale variable de l’équation.

Du temps hors de la course du quotidien, des impératifs et imprévus. Du temps comme un instant fugitif, que l’on vit intensément.

Je suis toujours surprise de ce genre de question. La poser semble donner une définition de luxe à ces moments. Une dimension exceptionnelle, à ce qui me semble faire parti du Soi, et donc appartenir à tout un chacun. Pourtant, ce temps fragmenté de la vie quotidienne prend rapidement un caractère égoïste qui amène à cette fameuse culpabilité, la meilleure amie de la mère (et certainement du parent au sens large, mais ne m’en voulez pas, mes écrits sont toujours très subjectifs ).

Me vient alors la question du Pourquoi ? Pourquoi cette culpabilité maternelle, si présente au quotidien ? Et je vous assure que j’ai réfléchi sérieusement sur le sujet.

J’ai tout d’abord pensé à un manque de matérialisation du lien maternelle. On porte un enfant pendant 9 mois, dans une relation physiologiquement fusionnelle, puis l’on coupe physiquement le cordon qui nous relie à cet être qui faisait jusqu’alors pleinement parti de nous. Il nous faut alors le partager, et l’ouvrir au monde qui l’entoure à présent. L’allaitement maternelle permet de garder le lien charnel avec son enfant. Sentir son bébé tout contre soi, est un instant si ressourçant. A chaque fois, j’avais ce même sentiment d’accomplissement. Je savais alors que c’est là où je devais être, une bijection nécessaire à mon bonheur. Mais est-elle suffisante ?

Les besoins primaires, l’amour, l’éducation … j’ai moi aussi cru, à un certain moment, que j’étais le seul gisement par lequel mon enfant pourrait se construire. C’est le moment où je vous sors la fameuse citation  » Il faut un village pour élever un enfant « , certes, mais là n’est pas la question. Evidemment, je n’ai jamais coupé mes enfants du monde, ils ont toujours grandi au cœur d’une famille, d’amis, avec une multitudes d’interactions sociales et de partages. J’ai toujours souhaité que mes enfants soient conscients de leur libre arbitre, sans me rendre compte que je mettais un voile sur le mien.

Si un enfant a besoin de sa mère (ses parents), et plus encore, pourquoi une mère devrait-elle en être assujetti ? Etre mère doit-il vraiment nous définir en tant que tel ? Voilà la question que je me suis posée un jour, où, au milieu de ce quotidien sans issue, je ne me suis pas reconnue.

« Suis-je une Maman, ou une femme qui a des enfants ? »

Vous allez me dire, c’est la même chose, pourtant la nuance est ici. Certes, être mère est un état permanent, une caractéristique imposante dans ma vie, mais elle n’est pas tout ce que je suis. En devenant mère, je suis restée moi. Avec mes rêves, mes peurs, mes projets, ma personnalité. Je n’ai pas changé, j’ai ajouté quelque chose à ma vie, à mon Moi. J’ai simplement apprivoisé une nouvelle facette de mon existence.

Chaque jours nous vivons des moments qui nous façonnent plus que d’autres. Certains évènements de notre vie nous chamboulent, changent notre perception du futur et de ce qui faisait notre quotidien. Pour autant, on les apprivoise, tout en restant qui l’on est.

J’ai pour vous un exemple très concret : J’ai perdu mon mari. Je suis devenue veuve. Voilà une caractéristique de ma vie dont je me serai bien passée, mais c’est arrivé, et c’est une nouvelle facette de ma vie que j’ai dû apprivoiser. Cela a changé mon regard sur la vie, je ne vais pas mentir. Mais je suis toujours la même. Je le suis même certainement encore plus qu’avant. Mais je refuse que cela me définisse en tant que tel. Je refuse que les évènements qui ont bouleversés ma vie, les rencontres, les naissances, les joies, les déceptions, la tristesse … changent ce que je suis. Evoluer, apprendre, c’est savoir prendre les vagues du temps qui passe. Mais pour ne pas se noyer dans tous ces aléas ou présages, je suis convaincue qu’il faut avant tout se poser la question du « QUI je suis », et non pas « ce QUE je suis ».
Vous m’imaginez me présenter de cette façon « Gwendolynn, 31 ans, maman de 4 enfants, veuve » … Quelle angoisse !

La maternité est pour moi une des nombreuses facettes de ma vie. Je suis devenue maman, je me suis surprise plus calme et aimante que je ne le pensais être. Patiente aussi, mais point trop n’en faut. Je suis devenue maman, et j’ai appris à me satisfaire du bien-être d’un autre être avant le mien. Je suis devenue maman, mais j’aime toujours la même musique, les mêmes amis, aller danser, flâner sans but et me couper du monde pour me plonger dans un livre. Je suis devenue maman, et j’ai continuer à écrire, dessiner, rire trop fort, et pleurer devant des films improbables. J’ai continuer de faire ce qui me rend heureuse, tout en rayant des lignes sur la liste de mes envies. Pour ne pas que mon existence s’arrête à ce jour où j’ai eu un enfant. Pour ne pas que la maternité soit ma seule et unique définition.

Je suis juste moi. Et si tu apprends à me connaitre, tu sauras que j’ai des enfants, des amis, que j’aime écrire, dessiner, danser toute la nuit, voyager, écouter la musique trop fort, me goinfrer de bonbons, refaire le monde autour d’un verre avec des idées utopiques …. Je suis tout ça. J’ai besoin de toutes ces petites facettes de ma vie pour me sentir entière.

Si vous ne laissez pas la place à tout ce que vous êtes, il y aura toujours un soupçon de regret quand vous vous perdez dans vos pensés. Je ne parle pas d’un équilibre parfait, ça n’existe pas. Il faudrait tout calculer, tout planifier, tout le temps. Il n’y aurait plus de place pour la folie et l’inattendu. Mais laisser la place à ses envies c’est pour moi le meilleur des équilibres. Une envie de prendre l’air, de rire, de voir une amie, de serrer fort son enfant dans ses bras, d’un restau en amoureux, d’un weekend seule dans une ville inconnue …. Faites le ! Parce que c’est ce dont vous avez besoin. Il n’y a pas de bon ou de mauvais moment. Forcez le destin, donnez un coup dans la fourmilière pour que les autres autour de vous se réveillent aussi !

Il n’y pas de modèle préétabli, aucune marche à suivre, dans la maternité, ou tout autre évènement de votre vie. Et qu’importe le jugement. Où est l’égoïsme si l’on n’agit pas au détriment de l’autre ? On me dit parfois que je travaille trop, que je pars trop en déplacement. On me demande où sont mes enfants lorsque je ne rentre pas le soir, si j’ai encore le temps de leur lire des histoires le soir ? J’aimerai parfois que l’on me demande comment je fais pour être enfin bien dans mes baskets ! Je répondrai que j’ai trouvé mon équilibre. Je suis fière de pouvoir vivre de mes passions, et de pouvoir me réaliser à travers mon job. Que je suis heureuse de retrouver mes enfants quand je rentre. Que je chéris je temps passer avec mes enfants, à les regarder grandir, et que je savoure tout autant la liberté de ma solitude à des centaines de kilomètres d’eux. Qu’une maman qui rie trop fort c’est quand même bien plus fun.

Vivez pour ce qui vous rend heureux. Le bonheur est subjectif, qui peut dire ce qui nous fait sourire ?

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11 Comments

  1. J’adore trop beau texte et bien vrai. ❤️❤️❤️.

  2. J’adhère totalement au concept! Et que c’est bon! 😉

  3. Astrid BOYER

    C’est toujours si juste, cela résonne toujours tellement en moi.. J’ai appris à me satisfaire récemment de quitter mes enfants toutes les deux semaines, et de ne plus vivre des départs douloureux. Parce que, j’avoue, je me suis rassurée un temps que mes enfants soient tristes lors des séparations, en croyant y voir le reflet de leur amour. Rassurée, mais si déchirée en même temps de justement les voir tristes. Aujourd’hui redevenue une femme ayant des enfants, comme tu le dis si bien, je nourris mon bonheur de les voir grandir dans l’autonomie et l’indépendance. Cela n’enlève en rien l’amour que je leur porte. Je suis heureuse qu’ils sachent vivre sans moi, je suis heureuse d’être plus sereine dans les départs, et c’est surement ça qui joue dans le fait que cela se passe beaucoup mieux dans les séparations.
    Mais je ne regrette en rien les premières années fusionnelles, l’allaitement et le statut de mère nourricière… nourrir son enfant… quel bonheur que tous ces moments. Et quel bonheur de redevenir une femme, quel bonheur de me redécouvrir, même si je dois faire face à la solitude, qui pèse et qui réveille mes peurs. C’est marrant, parce que je me disais ces derniers temps que je n’étais en fait qu’une petite égoïste en train de faire sa crise de la quarantaine… ton message tombe à point nommé… c’est comme un cadeau, merci

  4. Je recommence une activité (une formation, un changement radical de métier), c’est moi qui l’ai voulu, j’ai monté un dossier de financement, un an d’attente… et voilà ça y est mi-novembre je commence. Et j’en suis malade, malade de me dire que la formation est de 9:00 à 18:00. Malade de me dire que mes enfants que je vais chercher normalement tous les jours à 16:30, et le mercredi à 11:30 vont certainement devoir rester au goûter tous les jours jusqu’en juin. Malade de me demnder qui ira les chercher? Moi, leur père, leur grand père?
    Et je me dis que je suis dingue !!! Que cette formation c’est moi qui ai été la chercher, que c’est un chemin que je dois prendre.
    Je me dis que je suis dingue de me sentir si mal à l’idée qu’ils restent 1:30 de plus à l’école, peut être tous les jours, peut être pas. J’en suis malade alors que ça n’est que jusqu’à juin.
    Je me dis que c’est dingue et en même temps je me dis que c’est beaucoup.
    Et après je me dis que pour moi c’est beaucoup, que ça n’est pas ça que je veux pour plus tard mais que ça peu aussi être bien. Que en effet je ne suis pas que leur mère et que eux n’ont pas que leur mère.
    Il va falloir que j’accepte cet espace, que je laisse de la place, que je ne sois pas leur TOUT. C’est bien pour eux, pour moi, pour toute la famille. Mais c’est dur.

  5. Merci pour ces belles réflexions qui nous font aller de l’avant … ça résonne aussi en moi, j’ai repris le boulot cette semaine après 9 ans passés à élever mes enfants, et je ne regrette pas, ni l’avant, ni le maintenant … il va juste falloir trouver le rythme et s’habituer à cette nouvelle vie … et quand j’ai demandé un soir de cette semaine à mon mari s’il était content que je reprenne le boulot, il m’a répondu « Oui, parce que ça te rend heureuse » … c’était un beau cadeau …
    Bon weekend à toi !

  6. Merci pour ce partage Magnifique texte auquel j’adhère vraiment Et bravo pour qui tu es 😉

  7. Oui merci, super texte! ❤

  8. Merci pour ce partage. Je suis d’accord avec le fait qu’il faille savoir qui on est et savoir ce qui nous rend heureux seul avant de pouvoir être heureux avec les autres.
    Cette culpabilité est bien ancrée dans notre société, mais le dialogue entre parents pour se décomplexer sont précieux.

  9. Mais derrière les questions du genre comment fais tu pour prendre du temps pour toi, il y a sans doute aussi une question logistique. J’ai deux enfants et ma famille rechigne a le savoir prendre en même temps…

  10. Rechigne à les prendre en même temps, c’est ce que je voulais dire 😉

  11. […] quand à elle écrit un article sur la culpabilité parentale ou plutôt, l’absence de culpabilité et … CA FAIT DU BIEN! (merci […]

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